Les Gardes Pompes (63) - Ils bichonnent près de 140 véhicules de pompiers historiques, dont certains sont uniques en France 

 

L’association des Gardes Pompes entretient 140 anciens véhicules de pompiers, dont certains uniques en France. Ou quand le rouge-passion se teinte de nostalgie, de rires et d’amour des pièces de collection.

Gardes pompes, le « Rouge » au coeur

Rouge. La couleur de l'amour, celle de la passion. Rouge, comme ces camions de pompiers miniatures, qui servaient jadis de transport aux rêveries et aux vocations. Rouge, comme une escouade de véhicules mythiques, devenus grands. Hotchkiss, Berliet, Delahaye, Panhard… Passés du rayon jouets aux halls des casernes, ils affichent toujours un air rutilant, même si l'âge de leurs carters dépasse parfois le demi-siècle.

Si ces véhicules-là ont encore du pourpre aux joues, ils le doivent en grande partie à l'association des gardes pompes du Puy-de-Dôme qui, depuis 1999, se charge de les remettre à neuf. Les 140 véhicules que ses bénévoles bichonnent à longueur d'année sont tous en état de marche. La plupart des pièces sont d'origine. En 2011, ils étaient de sortie 24 fois dans l'année, sur les routes du département et d'ailleurs, pour des manifestations où les mairies, groupements de pompiers et autres associations réclament leur présence. Ils remettent ça en 2012, notamment le samedi 5 mai à Cellule et le 13 à Clerlande. Pour le plaisir des petits et des grands, aux regards forcément émerveillés par ces mécaniques si bien huilées et la sirène des pompiers. 

La casse ? « Un sacrilège »

La raison de cet engouement ? « Ces véhicules ont une âme », veut croire Hans Pohl, président de l'association. Certaines pièces de cette collection sont uniques en France. Mais tous exhalent un parfum de fierté nationale, quand on saluait encore le courage des hommes du feu, avec une admiration enfantine et une ferveur quasi patriotique. Un véhicule de dépollution qui a servi sur l'estuaire de la Loire ou un Berliet de 1936 dont l'échelle en bois, un modèle de mécanique toujours en fonctionnement, s'élève à 17 mètres. Pour la couleur locale, la caserne d'Ali Baba recèle aussi un véhicule de premier secours Hotchkiss, estampillé Michelin, dont la mise en circulation remonte à 1962. « Ce sont nos bijoux », confie le président.

Sans toit, ni capote, ce dernier engin aimante le regard. « À l'époque, c'était un concept très innovant, qui permettait d'intervenir très rapidement dans les usines et sur les courtes distances, explique Georges Piquet, le vice-président de l'association. Il était aussi très pratique en ville. La Brigade des sapeurs-pompiers de Paris avait le même ».

Si chaque véhicule a son histoire, c'est également le cas de tous les membres de l'association. « Il n'y a pas que des anciens pompiers, précise Hans Pohl. Il y a aussi des passionnés de mécanique, des collectionneurs ». Qu'importe le passé, pourvu que le récit résonne sur le même mode intime.

« L'objectif, ce n'est pas de bâtir un musée »

À ce titre, l'histoire personnelle du président s'avère éloquente. Pompier en Allemagne, dans la ville d'Ulm, berceau du constructeur Magirus, il aperçoit dans la cour de la caserne un camion « sans plaque », destiné « à la ferraille ». Il décide de le racheter. « Ça aurait été un sacrilège qu'il parte pour la casse ».

Parmi les hommes présents ce matin-là à Clerlande, sous le chaud soleil d'avril, tous se reconnaissent dans ce discours. Un véritable esprit de bande souffle sur le groupe. À l'évocation de leurs engins, ils ont l''il qui frise et la moustache rieuse.

La séance photo qui suit est à l'avenant. Potache et pleine de verve. C'est l'école buissonnière des hommes mûrs, adeptes de la culture « Sapeurs ». Le mot « vanne » semble avoir été inventé pour eux. Et ce jour-là, elles sont grandes ouvertes. « On est pire que des gosses », s'amuse l'un d'eux.

Le mimétisme avec les véhicules incendie est alors frappant. Ces hommes et ces engins semblent prêts à se donner mutuellement une seconde vie, à rejouer la guerre du feu. « L'objectif, ce n'est pas de bâtir un musée, précise Gilles Dubouchet, le secrétaire. C'est que les véhicules roulent ». Pour perpétuer le souvenir.

Las, ce sacerdoce et le fonctionnement de l'association dans son ensemble restent soumis à la conjoncture économique. Le prix de l'essence pèse sur l'organisation des manifestations et les subventions locales ne sont pas extensibles. La sauvegarde de ces véhicules doit tout à l'investissement de ces garnements, amoureux d'un « patrimoine » qui mêle hommes et machines, nostalgie et fierté.

Un contexte difficile

Dans le contexte actuel, ce n'est pas un hasard si les gardes pompes continuent à fleurir, partout en France. Une forme de réminiscence de l'amour pour la belle mécanique, au service de l'Homme.

Sortis de la naphtaline, ces engins-là agrémentent chaque fête auxquels ils participent d'une touche de peinture rouge-cœur, empreinte de poésie. Une poussée de coquelicots, dans l'herbe verte du printemps. Rouge, la couleur des souvenirs sans cesse sur le retour.

 

REPORTAGE SUR LE TOUR DES GARDES 2012

 

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